Une action urgente contre la précarité résidentielle est nécessaire

Le jeudi 22 octobre, La Tuile réunissait des candidat·es aux élections cantonales de cet automne – Liliane Galley, Gaël Gobet, Lise-Marie Graden et Christophe Maillard – pour parler de précarité résidentielle. Les orateurs se sont livrés à un échange de haut niveau devant un peu moins d’une centaine de personnes. Animée par la journaliste Magalie Goumaz, la soirée a fait émerger plusieurs pistes pour prévenir la perte de logement et permettre aux personnes sans domicile de retrouver une situation stable. La Tuile va créer une nouvelle offre de logements pour ces personnes.

À quoi ressemble la précarité résidentielle dans le canton de Fribourg ? Loin des stéréotypes, les profils sont très variés : familles, personnes âgées, salariés aux revenus modestes, personnes accidentées ou jeunes adultes sans réseau peuvent se retrouver sans toit. La perte du logement résulte souvent d’un cumul de difficultés économiques, familiales, de santé et administratives. Avec un point commun : les personnes concernées présentent de « mauvais dossiers » pour les régies et n’arrivent plus à trouver de logement.

Les situations présentées par Sylvie Goumaz, la directrice adjointe de La Tuile, l’illustrent : Nadia, auxiliaire de santé et mère d’une petite fille, perd son logement lorsque son ex-conjoint violent, dont elle est séparée, cesse de payer le loyer contrairement à ce que prévoyait la convention de séparation. Elle ne parvient pas à se reloger. Claude, 51 ans, ne peut plus travailler après un accident et résilie son bail, devenu trop cher pour les normes de l’aide sociale. Il n’aurait pas dû, car il n’arrive plus à trouver d’appartement. Hélène, 76 ans, se retrouve sans logement après le décès de son compagnon, locataire de l’appartement qu’elle habite avec lui. Après une dépression et une hospitalisation prolongée, elle ne trouve plus à se loger.

Prévenir les expulsions et faciliter le relogement

« Le Grand Conseil, lorsqu’il débat de ces questions, met toujours en avant la responsabilité personnelle. Mais cette vision va à l’encontre des analyses de terrains. C’est un problème structurel », analyse Eric Mullener.

Et aujourd’hui, alors que plusieurs cantons romands disposent d’un cadre légal moderne pour mener une véritable politique du logement, le canton de Fribourg n’a pas donné suite aux demandes d’une nouvelle loi cantonale permettant une politique plus active. Depuis 2018, le Grand Conseil a refusé plusieurs motions demandant explicitement sa création. Il a également rejeté une motion visant à soutenir le développement des logements d’utilité publique.

Pour les représentantes de la gauche, Lise-Marie Graden et Liliane Galley, la mise en œuvre d’une loi cantonale sur le logement est une priorité. Elle permettrait des améliorations notables dans de nombreux domaines : création de logements d’utilité publique, mise en place d’un droit de préemption pour les communes afin de créer de tels logements, possibilité de conditionner les subventions à la rénovation énergétique à la création de logements d’utilité publique, action sur la typologie et sur les prix des logements construits, protection des locataires lors des rénovations…

En main privée pour l’essentiel, le marché du logement n’est pas favorable aux personnes touchées par la précarité résidentielle. Les propriétaires ne sont pas forcément conscients de la gravité de la situation de ces personnes. Tous les intervenants ont appelé à la sensibilisation des propriétaires et ont rappelé que, financièrement, ces derniers ont un intérêt évident à accueillir des personnes dont les loyers sont garantis par les services sociaux. L’intervention des pouvoirs publics dans le marché n’en reste pas moins une nécessité à moyen terme, notait le président de La Tuile, Benoît Rey.

Pistes de prévention

« Intervenir avant la dégradation des situations coûte toujours moins cher, humainement et financièrement», soulignait Lise-Marie Graden. Les orateurs ont abordé de nombreuses pistes pour donner des réponses à la précarité résidentielle, en favorisant le maintien des personnes fragilisées dans leur domicile. Pour Gaël Gobet, juge de paix et candidat PLR à la préfecture de la Sarine, l’information sur les droits et l’accès aux conseils des services sociaux sont essentiels. Il évoquait également la coopération engagée dans le district de la Sarine avec le Tribunal des baux pour intervenir en amont des expulsions de logement.

Toutes et tous appellent également de leurs vœux une étroite collaboration entre le canton, les districts et les communes. Christophe Maillard, chef du Service des communes et candidat du Centre à la préfecture de la Sarine, militait pour une action de proximité avec les services sociaux et les régies. Il soulignait également qu’éviter les résiliations forcées était une priorité et que le ou la future préfète du district pourrait réunir les acteurs et les sensibiliser notamment pour recenser les terrains communaux susceptibles d’accueillir des logements d’utilité publique.

D’autres aspects ont été abordés durant la soirée : la facilitation et la sécurisation des déménagements des personnes âgées qui souhaiterait avoir un logement mieux adapté à leurs besoins, la sécurisation des partenariats avec les propriétaires privés, le développement de garanties locatives pour soutenir les personnes en difficulté économique…

La Tuile propose une nouvelle offre de logement

Aujourd’hui, le centre d’accueil d’urgence de La Tuile est saturé, notamment en raison de la précarité résidentielle d’une partie des Fribourgeoises et des Fribourgeois. La Tuile continue pourtant d’ouvrir ses portes à toutes les personnes qui en ont besoin. Elle constate que la durée des séjours s’allonge, car certains bénéficiaires n’ont plus accès au marché du logement : leur dossier est jugé insuffisant par les régies, le plus souvent en raison de revenus trop modestes. Or, beaucoup d’entre eux n’ont pas besoin d’un accompagnement socio-éducatif renforcé, puisqu’ils ne souffrent d’aucune pathologie particulière : il leur faut simplement un toit.

Le désengorgement du centre d’accueil d’urgence nécessite donc de développer des solutions de sortie adaptées. « Devant les atermoiements du politique et les constats statistiques, la création d’une pension de 8 à 10 chambres-appartements constituent un levier concret pour fluidifier les parcours, réduire la saturation et préserver la disponibilité du centre pour les situations d’urgence», constatait Eric Mullener. La Tuile a déposé un dossier auprès de la Direction de la santé et des affaires sociales afin de faire financer cette nouvelle offre de logement dans les meilleurs délais.

Cette proposition de nouvelles pensions a recueilli l’adhésion de tous les orateurs présents et, en conclusion, Benoît Rey, le président de La Tuile, a invité les représentantes et représentants politiques du canton à conjuguer les solutions évoquées au-delà des appartenances partisanes et à les traduire en actes.

La soirée a montré combien la précarité résidentielle appelle une mobilisation des autorités, des communes, des acteurs immobiliers et des associations.

Charly Veuthey,

Membre du comité de La Tuile

 

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